Sur la folie d’aimer

un monologue après M. D’Arcy

I

Elle est comme les nuages de la nuit. Mais, hélas, pourquoi fais-je ces comparaisons niaises, pourquoi suis-je incapable de dire que je l’aime et qu’elle m’aime. Ô l’amour, la joie, la jeunesse : ô les choses inébranlables, les choses indifférentes au monde !

II

Mardi. Je suis à Paris pour la deuxième fois. Mais maintenant, c’est une autre Paris, qui ne connaît pas la monstruosité de la tour Eiffel, ni les pièges de Montmartre, ni les nouveaux Parisiens — d’Amérique, d’Asie, des fins du monde. C’est la Paris des siècles derniers quand le monde était jeune et les hommes tenaient cette jeunesse pour s’excuser de leur folie. ( Trois cents années plus tard, la folie reste mais la jeunesse pas plus. ) Les aubes de cette ville étaient belles comme toi. Ô que je ne me souvienne plus ta visage ni ta voix ! Mais je m’en souviens encore, je t’aime encore.

III

Mercredi. Je m’en vais la même nuit que j’y arrive — soit à Lyons, soit à Nice, soit à Manille. On m’appelle maintenant ( je l’ai entendu dans les rues et dans les ombres ) Monsieur Mélo qui toujours pleure. Les gamins se moquent de moi, avec plus de cruauté que moi je me moquais des vieillards d’antan. Les rires hideux, les voix amères qui se plaignent de la pitié, qui demandent de l’amour, les voix hautaines qui refusent d’en donner, restent toujours, ne changent jamais. La tragédie vient de la changement des rôles : et maintenant c’est moi qui suis le vieillard, c’est moi qui pleure.

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