Le Pays des pommiers

Conte de Bienvenido Santos. Traduit en français par Roel Christian Yambao.

C’était octobre quand j’arrivai à Kalamazoo et la guerre était toujours là. Des étoiles d’or et d’argent pendaient sur les fanions au-dessus des fenêtres des maisons blanches et rouges. Dans un arrière-cour un vieillard brûla des feuilles mortes et des brindilles pendant qu’une femme aux cheveux gris s’assit sur la porche, ses mains rouges tranquilles sur les genoux, regardant la fumée montant au-delà des ormes, tous les deux pensant à la même pensée, peut-être à un haut garçon souriant avec les yeux bleus et aux cheveux volants, qui fut allé à la guerre,—où était-il ce temps-ci quand les feuilles prenaient un teinte jaune d’or et le vent possédait le parfum de pommes ramassées ?

Il fait froid ce soir quand je partis la chambre d’hôtel dont je demeurais pour une allocution. Je ne marchai qu’un peu. Un vent lourd venait du lac Michigan : il sentit glaciale en touchant le visage. Il semblait que l’hiver se fût égaré tôt dans ces forêts du nord. Sous les lampadaires les feuilles brillèrent comme de bronze. Ils se roulèrent dans le trottoir comme des pieds d’un millier d’automnes mortes depuis longtemps, bien avant que les garçons partirent pour des pays lointains, aux pays sans les grands vents glaciaux qui eut la promesse de l’hiver, aux pays sans les pommiers, les chants, et l’or !

Ce fut la meme nuit quand je rencontrai Célestino Fabia—« juste un agriculteur philippin »—comme il s’appelait, qui avait une ferme à environ soixante-dix kilomètres à l’est de Kalamazoo.

« Vous n’êtes venu ici, dans ce temps, que m’entendre ? demandai-je.

—Ça fait longtemps que j’ai vu un Philippin, répondit-il vite. C’est pour ça que quand j’ai vu votre nom dans les journaux qui disent que vous êtes venu des Îles et vous y parlerez, j’y viens tout de suite. »

Plus tôt dans cette nuit j’adressai une bande collégiale, la plupart de laquelle était des femmes. Il parut qu’elles me voulussent parler de mon pays. Elles me voulurent parler de mon pays parce que mon pays eut devenu à un pays perdu. Partout dans le pays l’ennemi en harcelait : par-là le silence et si profond : et leurs garçons étaient là-bas, sans contact, ou ils étaient en route à quelque île inconnue de Pacifique, des jeunes garçons, tous eux, à peine d’être des hommes, pensant à la lune des moissons et l’odeur des feux de forêts.

Ce ne fut pas dur de parler de mon peuple. Je les connaissais bien et je les aimais. Et ils semblaient très loin pendant ces ans terribles afin que j’aie probablement parlé avec un peu d’ardeur, un peu de nostalgie.

Dans la discussion suivante, l’audience me demanda s’il y avait beaucoup de différences entre nos femmes et les américaines. J’essayai répondre que je ne sais pas beaucoup de femmes américaines, sauf qu’elle me paraissent avoir l’air sympathique, mais des différences ou des similitudes intérieures comme telles qui appartinrent naturellement au cœur ou à l’esprit, je ne pouvait parler qu’avec incertitude.

Pendant que j’essayais d’expliquer que ce n’est pas facile à faire des comparaisons, un homme se leva d’arriere du hall, pour dire quelque chose. Au loin, il avait l’air léger ; il était vieux et très brun. Même avant qu’il parla, je sus qu’il était, comme moi, Philippin.

« Je suis Philippin », commença-t-il, fort et clair, en une voix qui semblait habituée aux grands espaces. « Je ne suis qu’un agriculteur philippin paysan. » Il fit signe à la porte. « J’ai quité les Philippines il y a plus de vingt ans et je n’y ai retourné plus. Jamais encore peut-être. Je voudrais savoir, monsieur, si les femmes philippines d’aujourd’hui sont comme lesquelles il y a vingt ans. »

Tandis qu’il s’assoyait, le hall se remplit de voix, tues et intriguées. Je ne voulus pas mensonger mais je ne voulus pas dire une rengaine, quelque chose insincère. Mais plus important que ces considérations, dès l’instant où je vis mon compatriote, j’estimai que je lui devais donner une réponse qui ne le ferait pas trop malheureux. Certes, toutes ces années, il maintenait certains idéals, certaines croyances, même certaines illusions qui étaient particulières à l’exile.

« D’abord, dis-je, tandis que les voix se mouraient et tous les yeux semblaient fixés à moi. D’abord dites-moi comment étaient nos femmes il y a vingt ans. »

L’homme se leva pour répondre :

« Mais oui, dit-il, vous êtes trop jeune. Jadis nos femmes étaient gentilles, elles étaient modestes, elles portaient les cheveux longs. Leur tenue était toujours appropriée, elle ne faisait des bêtises. Elles étaient naturelles, elles allaient à l’église tous les dimanches, et elles sont fidèles. » Il eu parlé lentement, et en ce qui sembla un après coup il ajouta : « C’est les hommes, ce qui c’est pas comme ça. »

Or je sus ce que je dirais.

« Eh bien, commençai-je, ça vous intéressera que si, nos femmes ont changé. Mais la change n’est qu’à l’extérieur. Dedans, ici,—montrant la cœur,—elles sont toujours les mêmes : religieuses, fidèles, modestes, et gentilles. »

L’homme fut visiblement ému. « Je suis très content, monsieur » dit-il, avec l’air d’un homme qui, ayant de l’intérêt au pays, n’avait découvert aucune raison pour regretter son investissement sentimental.

Ensuite tout ce qui fut dit et fait dans ce hall cette nuit ne semblait que d’une déception : et plus tard lorsqu’on marchait dehors, il me dit son nom et il me raconta la ferme à environ soixante-dix kilomètres à l’est de la cité.

Nous nous arrêtâmes à l’entrée principale du hall d’hôtel. Nous ne parlions pas trop en chemin. En fait nous n’étions jamais seuls. Des amis américains parlèrent avec nous, nous posèrent des questions, nous dirent des bonnes nuits. Or je le demandai s’il se souciait d’entrer en l’hôtel avec moi pour parler.

« Non, merci, dit-il. Vous êtes fatigué et je ne veux pas rentrer trop tard.

—Oui, vous vivez très loin.

—J’ai une voiture, dit-il, eh bien… »

Maintenant il sourit, vraiment il sourit. Toute la nuit je regardais son visage et songeais quand sourirait-il.

« Pouvez-vous me rendre un service, s’il vous plaît ? » continua-t-il, souriant presque doucement. « Je voudrais que vous dîniez avec ma famille. Je vous appellerais demain après-midi, puis je vous ramènerai. Ça vous convient ?

—Bien sûr, dis-je. Je serais ravi de rencontre votre famille. »

J’allais quitter Kalamazoo pour Muncie, Indiana l’après-demain. Il y avait beaucoup de temps.

« Vous la rendrez très heureuse, ma femme, dit-il.

—Vous me flattez.

—C’est honnête, ça. Elle sera très heureuse. Ruth est une paysanne et n’a rencontré pas beaucoup de Philippins. C’est-à-dire, des Philippins plus jeunes que moi, des plus beaux. L’on n’est que des pauvres agriculteurs, nous, et l’on ne va pas en ville très souvent. Roger, lui, c’est mon gars, il va à l’école en ville. Il prend l’autobus tôt le matin, et il est de retour dans l’après-midi. Lui, c’est gentil.

—Je crois que oui. J’ai vu des enfants de quelques Philippins avec leurs femmes américaines et les garçons sont hauts, plus hauts que les pères, et aussi très beaux.

—Roger, il serait haut. Vous l’aimerez. »

Alors il me fit ses adieux. Je le saluai alors qu’il disparut dans la nuit.

Le lendemain il arriva à quinze heures. Un soleil doux et inefficace brillait; il ne fait pas trop froid. Il portait une ancienne veste de tweed brune et un pantalon peigné assorti. Ses chaussures étaient polis et bien que le vert de son cravate semblait fané, sa chemise de couleur ne l’accentuait guère. Il avait l’air plus jeune que la veille, maintenant qu’il était rasé de près et semblant prêt à aller à une fête. Il souriait alors qu’on se rencontrait.

« Oh Ruth n’y peut croire. Elle n’y peut croire », répétait-il tandis qu’il me conduisait à sa voiture, quelque chose banale en noire décolorée qui eut connu des meilleur jours (et aussi beaucoup de mains). « Je la dis, je t’amène un Philippin du premier rang, et alors elle me dit, ah, laisse-moi tranquille, toi, arrête tes bêtises, il n’existe pas un Philippin du premier rang. Mais Roger, lui, c’est mon gars, il m’a cru tout de suite. Comment est-il, papa, il m’a demandé. Oh tu verras, je dis, c’est du premier rang. Comme vous papa ? Mais non, non, je rit, moi j’suis pas du premier rang. Ah mais vous êtes papa ! Il m’a dit. Alors vous voyez sa gentillesse, sa innocence, ce garçon. Et alors Ruth commence plaisanter, mais voilà le bordel, dit-elle. Vraiment c’est le bordel, c’est toujours le bordel, mais ça ne vous dérange pas, non ? On est pauvre, nous. »

Le voyage parait qu’il ne terminerait pas. Nous traversâmes des ruelles étroites et disparut dans les fourrés et sortit dans un paysage stérile envahi par les mauvaises herbes çà et là. Tout autour il y avait des feuilles mortes et de la terre sèche. Au loin il y avait des pommiers.

« Ce sont des pommiers, n’est-ce pas ? Je le demandai pour me rassurer.

—Mais oui, ce sont des pommiers, répondit-il. Voulez-vous des pommes ? J’en ai beaucoup. J’ai un verger. Je vous y montrerai. »

Toute la beauté de l’après-midi était au loin, aux collines, au ciel doux et terne.

« L’automne, c’est une belle saison. Les arbres se préparent à mourir et, tous orgueilleux, ils y montrent leurs couleurs.

—Pas de tel dans notre pays »

Voilà une remarque méchant, je compris plus tard. Ça le toucha d’une tangente déserte depuis longtemps, mais était y toujours. Combien de fois avait-il son esprit solitaire essayé de prendre les routes désagréables d’ici au lieu du chemin du retour serpentant en peur de ceci, le mal souvenu, la jeunesse perdue, les ombres sinistres des années ? Combien de fois, vraiment, seuls les exiles savent.

Nous voyagions un chemin accidenté et la voiture faisait du grand bruit afin que je n’entendisse rien de ce qu’il disait. Mais malgré tous je le compris. Il racontait son histoire pour la première fois. Il se souvenait sa jeunesse. Il pensait en ce qui était autrefois chez soi. Dans de tels moments il semblait qu’il n’y avait aucune raison pour avoir peur, aucune raison, oui, aucune peine. Ça arriverait plus tard. Dans la nuit peut-être. Où solitaire à la ferme sous les pommiers.

Dans cette vieille ville de Visailles les rues sont étroites et sales et jonchées de corail. Avez-vous été là ? C’est impossible que vous la manquez, notre maison, c’est la plus grande de la ville, une de la plus vieille, la nôtre était une grande famille. La maison se trouvait juste au coin de la rue. Une porte se ouvrait et l’on entre dans un couloir sombre, et puis l’escalier. Il y a toujours l’odeur des poulets perchants aux murs, leur bruit familier, et l’on tâtonne à l’escalier et les mains tremblants fait les rampes lisses à toucher. Des telles nuits, ce n’est pas mieux que les jours, les fenêtres étaient fermées au soleil, elles se fermaient lourdement.

Maman s’assoyait au coin de la salle; elle paraissait très pâle et malade. Ceci était son monde, sa domaine. Pendant toutes ces années je ne me peux pas souvenir le son de sa voix. Papa, il était différent. Il se déplaçait. Il criait. Il fulminait. Il vivait dans le passé et parlait de l’honneur comme s’il soit tout.

Je suis né dans cette maison. Là je grandissais à un gamin gâtée. J’étais méchant. Un jour j’ai brisé les cœurs à eux. J’ai vu maman pleurant en silence tandis que Papa m’accablait d’exécrations et me chassait de la maison, la porte se fermant lourdement après moi. Mes frères et mes soeurs, ils ont repris la haine, et l’ont multipliée de innombrables fois dans leurs cœurs qui j’ai aussi brisés. Je n’étais pas bon.

Mais parfois, vous savez, elle me manque, cette maison, les poulets perchants aux murs. Ils me manquent, mes frères et mes sœurs. Maman s’assoyant dans la chaise, pâle comme une fantôme au coin de la pièce. Je me souviendrai des grands poteaux de notre maison, fabriqués en tronc de quelques arbres massifs. Des plantes feuillues poussent aux côtés ; les boutons pointaient vers le bas et ils se fanaient et mouraient avant qu’elle fleurissent. Lorsqu’ils ont tombé par terre, papa se pencherait pour les ramasser et puis il les jetterait dans la rue jonché de corail. Ses mains étaient fortes. Il y a plusieurs fois que je les ai baisées … plusieurs fois, plusieurs fois…

Enfin nous arrondîmes un courbe profonde et soudain arrivâmes à une cabane pratiquement prêt à s’écrouler ; les murs en plâtre se décomposaient. Je pensais aux maisons des nègres du sud, aux taudis des pauvres partout en Amérique. Celle-ci se trouvait toute seule, comme si les gens qui vivaient ici avaient consenti de la renoncer, à cause du mépris ou de la honte de cela. Même la belle saison ne la pouvait pas partager avec elle sa beauté et son couleur.

Un chien aboya bruyamment comme nous approchions. Une grosse blonde était debout à la porte, un petit garçon à ses côtés. Roger parut qu’il fût fraîchement lavé. Il ne prit guère ses yeux à moi. Ruth portait un tablier propre autour de sa taille informe. Or tandis qu’elle serrait mes mains en joie sincère, je m’aperçus (que je m’en aperçoive !) la rudesse de ses mains, la grossièreté, la rougeur à cause du travaille, la laideur ! Elle n’était plus jeune et son sourire était pathétique.

Alors que nous entrions et la porte fermait derrière nous, je fus soudain conscient du parfum familier des pommes. La pièce était nue, sauf de quelques anciennes meubles d’occasion. Au milieu de la pièce se trouvait un poêle pour réchauffer la famille en hiver. Les murs étaient nus. Une lampe pas encore éclairée pendait au-dessus de la table à manger.

Ruth s’occupa des boissons. Elle entrait et sortait en une arrière-salle qui était probablement la cuisine, et bientôt la table était remplie de nourriture : du poulet frit et du riz, des pois verts, et du maïs à l’épi. Même quand on mangeait Ruth allait et sortait à la cuisine pour nous apporter plus de la nourriture. Roger mangea comme un petit gentilhomme.

« Lui, c’est beau, non ? demanda son père.

—T’es beau, Roger, dis-je. »

Le garçon me sourit. « Vous ressemblez à Papa », dit-il. Ensuite je m’aperçus une vieille photo sur la commode. Je mis debout pour la ramasser. C’était jaune et les empreintes de plusieurs doigts l’avaient sali. On pouvait encore distinguer la figure décoloré d’une femme aux vêtements philippines, bien que le visage était flou.

« Votre… ?—commençai-je.

—Elle, je ne la connaît pas, hâta Fabia de dire. J’ai ramassé cette photo il y a longtemps, dans la rue La Salle à Chicago. Je me demande souvent qui elle est.

—Et le visage était toujours comme ça, un flou ?

—Mais non. Le visage était jeune et bonne. »

Ruth arriva avec une bol pleine de pommes.

« Ah, criai-je, j’ai bien réfléchi d’où vient-il le parfum des pommes. Mais la pièce en est pleine.

—Je vous y montrerai, dit Fabia. »

Il me montra à l’arrière-salle, pas très grand. C’était à moitié pleine de pommes.

« Tous les jours, expliqua-t-il, j’en vends aux magasins en ville. Mais les prix sont bas et je n’y aurai que des déficits dans les voyages.

—Ces pommes gâcheront.

—On les nourrira aux cochons.

Ensuite il me fait visiter la ferme. Nous étions déjà au crépuscule et les pommiers nus étaient noirs au ciel rougeoyant de l’ouest. Quelle splendeur ! le printemps, pensai-je, dont tous les pommiers sont en fleur. Mais qu’en est-il de l’hiver ?

Un jour, selon Fabia, il y a quelques années, avant que Roger naquit, il eut un crise d’appendicite aiguë. C’était plein hiver. Un épais manteau de neige couvrait le sol partout. Elle était enceinte et n’était pas de meilleur santé que lui. Au départ elle ne savait ce qu’elle devait faire. Elle l’emballa en vêtements chauds et le prit près du poêle pour le réchauffer. Elle pelleta la neige de la porte et pratiquement porta le malade sur les épaules, l’ayant traîné dans le sentier nouvellement formé vers la route où ils attendirent que la voiture postale passât. Pendant ce temps, des flocons de neige tombaient à verse partout et elle frotta ses bras et ses jambes bien qu’elle-même mourait de froid.

« Retourne-toi, Ruth, cria son mari, tu mourras de froid. »

Mais elle cramponna à lui sans rien dire. Au moment même où elle massait à lui les bras et les jambes, les larmes coulèrent sur ses joues. « Je ne t’abandonnerai pas. Je ne t’abandonnerai jamais. »

Enfin la voiture postale arriva. Le facteur, qui les connaissait bien, les aida pour montrer la voiture, et sans arrêter en sa route comme d’habitude, mena le malade et sa femme à l’hôpital le plus proche.

Ruth demeura à l’hôpital avec Fabia. Elle se couchait en dehors de la salle des malades et pendant le jour elle y aidait à faire les ménages et la vaisselle et à nettoyer les articles des hommes. Ils n’avaient pas assez d’argent et Ruth était prêt à travailler comme une esclave.

« Ruth est gentille, dit Fabia, comme nos Philippines. »

Avant le crépuscule, il me ramena à l’hôtel. Ruth et Roger furent debout à la porte, main dans la main, et me souriant. De l’intérieur du cabane une faible lumière vacillait. Je donnai un dernier coup d’œil aux pommiers en la verger sous le ciel assombri pendant que Fabia reculait la voiture. Un peu après nous sommes au chemin du retour de la ville. Le chien eut commencé aboyer. Nous le pouvions entendre il y a quelques minutes, jusqu’à ce que nous ne l’entendîmes plus, et voilà le noir tout autour de nous, sauf où les lampadaires révélèrent un tronçon routier qui nous menait quelque part.

Nous ne bavardâmes au retour. Fabia ne me parla et moi, je n’eus rien à dire moi-même. Mais quand nous arrivâmes enfin à l’hôtel et je sortis la voiture, Fabia me dit : « Eh bien, je pense que je ne vous reverrai plus. »

La lumière était faible devant l’hôtel et j’apercevais à peine le visage de Fabia. Sans descendre la voiture, il bougea où je m’avais assis et je vus qu’il me tendit la main. Je la serrai.

« Dites Ruth et Roger, dis-je, que je les aime. »

Il lâcha ma main vite. Puis il dit : « Ils m’attendent maintenant.

—Tiens, dis-je, sans savoir pourquoi, un de ces jours, très bientôt, j’espère, je retournerais chez nous. Je pourrais aller en votre ville.

—Non, non, dit-il avec l’air d’un vaincu qui n’a perdu encore son courage. Merci beaucoup. Mais voilà, personne ne se souviendrait plus de moi. »

Alors il démarra la voiture. Il me salua tandis qu’il s’éloignait.

« Au revoir », dis-je, saluant les ténèbres. Et soudain la nuit fut froide comme si l’hiver se fut égaré tôt dans ces forêts du nord.

Je me hâtai à l’intérieur. Le train pour Muncie, Indiana partait le lendemain matin à huit heures et quart.


NOTE ON THE TRANSLATION. “Scent of Apples” is a short story by the Filipino writer Bienvenido Santos. The story offers a glimpse at the life and struggles of the first generation of Filipino immigrants in America during the 1930s. The mise-en-scène is familiar enough: the Great Depression, the harsh winters of the Midwest, pale blond girls who probably had had too much corn. These recalls various images from Cather, Steinbeck, Sherwood Anderson, and of course, Frost,—throughout one is also reminded of lines from Lamartine: l’air est si parfumé ! la lumière est si pure !; or: dans ces jours d’automne où la nature expire; or: salut derniers beaux jours. You can read the original story in English here.
I don’t know when exactly the short story was first published, so if you think this translation violates copyright law, please contact me here.

 

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